• Aventures d'une pilote yogini... chapitre 1

    Première partie
    La connexion innée
    Aventures d’une pilote yogini autour de la terre
    ou une quête éperdue de vérité

    Aventures d'une pilote yogini... chapitre 1



    1. Une enfance ordinaire au milieu des tabous de la bourgeoisie.


    Ma « maman petit ange adoré » s’occupe de nous du mieux qu’elle peut, mais ses trois filles sont parfois un lourd fardeau et elle ne nous le cache pas. Est-ce le terrible drame de la perte d’une quatrième fille qui s’exprime par ses lamentations ?
    « Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir des enfants pareilles ? »
    C’est la rengaine qui, dès que nous l’entendons mes soeurs et moi, nous fait éclater de rire, nous moquant ainsi de notre pauvre mère attristée, débordée et à bout de
    ressources. Elle est pourtant croyante ; mais alors pourquoi ne trouve-t-elle pas de support auprès de sa religion ? Auprès de la petite Marie dont elle nous parle si souvent ? Il semble que sa religion lui ait plutôt montré un chemin de douleur, où tout doit être souffrance… La vie ne devrait être que peines et sacrifices, comme un chemin de croix…
    « Oh là là… C’est gai ! » me dis-je dans ma jeune tête…
    Pourtant, lorsque je reçois pour ma communion des images de la « petite Marie », je me mets à prier le soir. Ardemment je récite « Je vous salue Marie » et même « Notre Père » qui est aux cieux avec sa grande barbe blanche de juge implacable ! Il faut aussi aller à confesse et avouer ses péchés sinon, la punition nous attend ! Bien que sans grande conviction, je suis tout cela avec attention, essayant d’y mettre mon amour, surtout pour la maman de Jésus qui, nous dit-on, a conçu sans faire l’Acte !
    « Sans faire l’Acte ? Ça alors ! Quel prodige ! »
    Car cet Acte mystérieux dont on n’ose même pas parler, l’Acte qui nous permet de venir au monde et d’avoir des enfants, cet Acte-là serait carrément le « Pêché Capital » ! Là, dans ma très jeune tête, je bloque…
    « Quelque chose ne tourne pas rond dans cette religion, me dis-je… Ma mère ayant eu quatre filles aurait donc pêché au moins quatre fois ? Comment serions-nous nées alors, s’il ne fallait pas faire l’Acte ? Comment les humains seraient-ils en vie ? »

    Ces questions me préoccupent beaucoup ; je ne comprends pas cette logique illogique. Il me faudra près de cinquante années avant de saisir le sens de ces concepts, grâce à la lumière du grand Yogi, Paramahamsa Yogananda ; le sens caché enfin révélé de ces symboles sera bien loin du concept de pêché entraînant faute, punition et toute une chaîne de conditionnements arbitraires dont on m’a rempli la cervelle et la vie.
    Aussi, vers le début de mon adolescence, lorsque mes propres désirs commencent à s’orienter vers les garçons, ma fidélité, tant envers « la petite Marie » qu’envers ma « petite maman petit ange adoré » se dégrade sérieusement pour rapidement tourner en haine féroce. Pardon petite maman, je n’ai pas encore le recul nécessaire pour comprendre que tu es simplement victime d’une éducation injuste qui t’a rempli la tête et le coeur de concepts erronés. Avec mes douze ou treize ans de vie et la passion qui commence à bouillir en moi sans trouver le moyen de s’exprimer, je ne sais que me rebeller tant à la maison qu’à l’école.

    Pourtant je suis bonne élève en général et j’aime étudier, surtout les maths qui m’offrent le prétexte de travailler avec papa ; il y a aussi les leçons de piano pour nous retrouver tous les deux : c’est papa qui m’emmène dans notre vieille Dyane le dimanche matin aux Terreaux, le vieux quartier populaire du centre ville. Nous garons l’auto dans une petite ruelle, montons quelques escaliers sordides pour arriver à un appartement presque vide, si ce n’est le piano. Je suis la leçon sans grand enthousiasme, mais sans désagrément non plus. Je suis surtout heureuse d’être avec mon papa. Au retour, nous nous arrêtons toujours à la même pâtisserie pour acheter les gâteaux du dimanche. Puis, à la maison, la cellule protégée « papa et moi » se dissout dans l’agitation familiale du sacro-saint repas dominical.

    Tous ces rites se répètent durant des années ; je nous vois comme dans une brume opaque, cinq êtres vivant sous le même toit, deux dormant dans le même lit. Pourtant, nous connaissons-nous vraiment ? Vivons-nous l’Essence de la vie ? Dans ma tête de jeune adolescente, il n’y a que des rêves d’absolu, des idéaux élevés ; je ne sais pas encore les formuler mais je sais qu’ils n’ont rien à voir avec la vie que je mène dans ma famille…
    « Moi je n’aurai pas une vie aussi monotone, enfermée dans un cube de béton d’où l’on sort trois fois par an pour aller au ski ou à la mer ! Je ne vivrai pas dans ces cages à poules au rythme débilitant auto-boulot-dodo qui nous fait passer à côté de la vraie Vie ! Et surtout l’on n’arrivera pas à me convaincre que faire l’amour est un pêché ! Non ! Non ! Et Non ! »
    Car même sans l’avoir encore fait, je sais que l’acte d’Amour est le plus beau qui soit sur terre et peut-être dans tout le cosmos.
    « Comment peut-on arriver à faire croire de tels nonsens ? Comment une religion peut-elle enseigner de telles faussetés ? Vraiment quelque chose ne va pas ! Et maman qui ne jure que par sa croix, la Sainte Marie et le Petit Jésus… Non ! Non ! Et non ! »

    Dans ma jeune tête les pensées s’affolent, s’entrechoquent, bataillent.
    Et lorsque je découvre peu après que sur la planète terre, la planète de Jésus et Marie, des humains se battent au nom d’une religion, c’en est fini : je tire un trait définitif sur toute forme de religion puisqu’une telle incohérence venimeuse se cache en elles. Et comme je suis emplie de feu – que je ne sais ni reconnaître, ni maîtriser – ce trait sera extrêmement violent.

     

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